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Parti chrétien ultraconservateur Monsieur Früh, votre parti est-il homophobe?

Sans aucun autre soutien, un petit parti suisse chrétien ultraconservateur lance un référendum contre la norme qui pénalise l'homophobie. 

(Keystone)

L’Union démocratique fédérale a décidé de lancer un référendum contre la nouvelle norme pénale qui pénalise l’homophobie. Marc Früh, représentant de ce petit parti chrétien ultraconservateur en Suisse romande, explique la démarche.

L’UDF

Parti chrétien ultraconservateur, l’Union démocratique fédérale (UDF)Lien externe se décrit comme le «parti des valeurs éthiques», fondé sur «la Bible et la parole de Dieu». Il a une place marginale sur la scène politique suisse; il ne compte que 3000 membres et aucun représentant au Parlement. Aux dernières élections fédérales, l’UDF n’avait récolté que 1,2% des voix.

Le petit parti a toutefois à plusieurs reprises été le moteur de votations sur des thèmes de société, comme la famille ou l’avortement. En 2004, le parti avait même réussi à récolter 67'000 signatures pour faire aboutir un référendum contre la loi sur le partenariat enregistré. Une loi qui avait finalement été acceptée par le peuple. En 2016, la récolte de signatures contre la réforme de l’adoption avait toutefois échoué.

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En décembre dernier, le Parlement a décidé d’étendre la norme antiraciste aux discriminations fondées sur l’orientation sexuelle. Une modification légale qui permettra de punir l’homophobie au même titre que le racisme ou l’antisémitisme. L’Union démocratique fédéral (UDF), un petit parti chrétien ultraconservateur, considère toutefois que la nouvelle norme est une atteinte à la liberté d’expression. «Des opinions légitimes seront à l’avenir criminalisées», écrit la formation dans un communiquéLien externe.

L’UDF a décidé de saisir le référendum, sans le soutien d’aucun autre parti. Marc Früh, responsable de l’UDF en Suisse romande, estime toutefois que le parti est en mesure de réunir les 50'000 signatures nécessaires d’ici au mois d’avril. Il assure aussi que sa formation politique n’est pas homophobe.

swissinfo.ch: Estimez-vous qu’il soit légitime d’exprimer des opinions homophobes?

Marc Früh: Nous ne voulons pas de lois qui empêchent la discussion. La question de l’homophobie et les thématiques LGBTIQ doivent pouvoir être discutées en toute liberté, sans être attaqué, tout comme on doit pouvoir discuter des réfugiés ou des personnes handicapées. Je refuse de vivre dans une société où l'on est condamné pénalement parce qu’on exprime un avis.

Marc Früh

(rts)

L’UDF se bat pour une moralité civique, une éthique et le respect moral envers toute personne. Pour promouvoir cela, il faut développer l’éducation, pas ériger des lois pour protéger tous les genres de personnalités. Il n’y pas une catégorie de personnes qui mérite d’être protégée davantage que les autres. Un homosexuel a le droit d’être respecté au même titre qu’un handicapé, une personne âgée ou même un réfugié.

En suivant votre logique, ne devrait-on pas tout simplement supprimer la norme antiraciste pour que tout le monde soit logé à la même enseigne?

La norme antiraciste a été créée car il y a eu des exagérations qui ont mené au génocide contre les juifs. Je pense que c’est différent de la question de l’orientation sexuelle.

«Il n’y a pas besoin qu’une catégorie de personnes soit super protégée»

Fin de la citation

Pour vous, les minorités de la communauté LGBTIQ ne sont donc pas discriminées et n’ont donc pas besoin d’une protection particulière?

Je n’ai jamais remarqué que ces personnes étaient particulièrement méprisées. J’ai constaté du mépris à tous les niveaux. Il n’y a pas besoin qu’une catégorie de personnes soit super protégée.

L’UDF est-il un parti homophobe?

C'est malhonnête de supposer cela. Le texte de notre référendum est très clair. Nous voulons que les citoyens puissent s’exprimer sur le sujet, car la nouvelle norme réduit la liberté d’expression. Nous n’avons jamais pris de position agressive face à l’homosexualité ou à n’importe quel autre mouvement. Toutefois, il est clair que nous voyons certaines choses différemment.

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Être LGBTIQ en Suisse

Histoires de vie, droits et revendications de la communauté LGBTIQ en Suisse, l'acronyme utilisé pour désigner les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexuelles et queer.

Quelles sont ces opinions différentes que vous souhaitez pouvoir exprimer?

Moi, je suis père de cinq enfants. J'ai neuf petits-enfants et je trouve que cela va très bien. Je pense que la société devrait vraiment beaucoup plus s'intéresser aux vrais problèmes, par exemple aux mères qui enfantent et qui se trouvent parfois en situation de détresse. La question de l'orientation sexuelle, c'est quelqu'un qui choisit son orientation sexuelle, après il assume. Si je suis chrétien, j'assume que je suis chrétien. Si je suis peintre, j'assume d'être peintre.

L’un des prochains grands thèmes de société à l’agenda politique dans les prochaines années sera le mariage pour tous. Allez-vous aussi vous engager contre celui-ci?

Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme, et les suites de celui-ci sont d’avoir des enfants. Cela a été défini par le créateur, ce n’est pas une chose inventée par l’Homme. L’UDF va s’engager pour défendre cette vision.

Ils veulent «maintenir le droit d’insulter des homosexuels»

Le lancement du référendum de l’UDF a déjà provoqué des réactions. Interviewé par la Tribune de Genève, Mathias Reynard, le député socialiste à l’origine de la nouvelle norme législative, estime qu’il n’est pas surprenant que certains s’opposent à «une avancée considérable pour les Suisses». «Symboliquement, par contre, j’ai de la peine à comprendre comment on peut engager autant de temps, de moyens et d’énergie, pour tenter de maintenir le droit d’insulter des homosexuels», commente-t-il.

Sur les réseaux sociaux, l’interviewLien externe de Sylvie Guignard-Ruffieux, la vice-présidente de la section genevoise du parti a aussi provoqué un tollé. Cette dernière craignait notamment de ne plus pouvoir parler des personnes «sorties de l’homosexualité», estimant que cette orientation sexuelle était liée à des circonstances, une éducation, un environnement voire un type de physique. «Affligeant… d'entendre encore (malheureusement) ce genre de propos en 2019, et en Suisse», commente par exemple un internaute. Les associations LGBTIQ ont également fustigé ces propos. «C'est un ramassis d'idioties et de méchancetés», a réagi Pascal Messerli, président de Dialogai, dans le journal 20 Minutes.

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